Lutte pour la terre

Les communautés indiennes Nahuas




Dans la rĂ©gion de la Huasteca du Mexique, deux communautĂ©s diffĂ©rentes luttent pour le contrĂ´le et l’exploitation de la mĂŞme terre. Les premiers sont les Indiens Nahuas, favorables Ă  une exploitation agricole du terrain, les seconds sont les communautĂ©s mĂ©tisses, groupes dominants d’oĂą sont issus les caciques locaux (chefs indigènes des anciens habitants de l’AmĂ©rique centrale, mais aussi personnes nanties d’une fonction importante ou d’une influence notable sur un groupe), favorables Ă  l’Ă©levage extensif, et qui bĂ©nĂ©ficient du soutien de l’Etat. Le pouvoir communautaire indigène possède une fonction double et contradictoire : instrument de domination et de contrĂ´le aux mains des caciques mĂ©tis, mais en mĂŞme temps moyen de dĂ©fense le plus efficace pour les Indiens Nahuas. La situation varie sans doute selon les communautĂ©s concernĂ©es de la Huasteca mais, globalement, elles rĂ©pondent au mĂŞme schĂ©ma. L’organisation du pouvoir tourne autour de la terre et de la relation de l’homme Ă  la terre. Le droit foncier mexicain reconnaĂ®t divers statuts Ă  la terre ; certaines sont privĂ©es, d’autres sont communes et inaliĂ©nables tandis que d’autres encore, nommĂ©es ejidos, sont des terres communautaires distribuĂ©es aux individus, quand ils sont en mesure de les cultiver, et qu’ils doivent restituer lorsqu’ils n’en font plus usage. Dans ce système, a droit Ă  la terre celui qui la travaille, et non celui qui en hĂ©rite simplement de son père, sans la travailler. Mais depuis l’arrivĂ©e au pouvoir du prĂ©sident Zedillo en 1994, les rĂ©formes constitutionnelles remettent en question le statut des ejidos. L’institution communautaire la plus importante parmi les populations Nahuas est l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Tanahuatiani, qui fonctionne Ă  la manière d’un conseil consultatif et d’un conseil des anciens, garant des lois et des coutumes des diffĂ©rentes communautĂ©s Nahuas. Les Tanahuatiani sont les personnes qui ont occupĂ© tous les postes publics de la communautĂ©, depuis celui de travailleur jusqu’Ă  celui de commissaire des biens communaux ou "Ă©jidaux". Leur lĂ©gitimitĂ© se mesure Ă  l’aune du travail qu’ils ont fourni durant leur vie. La communautĂ© privilĂ©gie le travail agricole comme principale source gĂ©nĂ©ratrice de droits. Les Tanahuatiani contrĂ´lent les surplus agricoles en les revendant Ă  l’extĂ©rieur. C’est ainsi que parmi eux, des "caciques de la terre" s’Ă©loignent des objectifs communaux et se convertissent en intermĂ©diaires des commerçants rĂ©gionaux mais Ă©galement en intermĂ©diaires de ceux qui exercent l’autoritĂ©. Ces personnages locaux, acquĂ©rant plus de droits et formant les points de contact avec l’extĂ©rieur, deviennent les bĂ©nĂ©ficiaires de ces contacts tout en demeurant membres de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Tanahuatiani. Durant tout le XXème siècle, les autoritĂ©s locales et les propriĂ©taires mĂ©tis ont influencĂ© la nomination de membres de cette autoritĂ© communautaire spĂ©cifique, de manière Ă  transformer l’institution en un des chaĂ®nons de contrĂ´le exercĂ©s sur les communautĂ©s indigènes. C’est pour cette raison que les caciques de la terre, au sein de certaines de ces assemblĂ©es, ont avalisĂ© la vente ou mĂŞme la simple perte, sans compensations, de terres communales. D’autres assemblĂ©es n’ont pas souffert de ces influences et ont, par exemple, suscitĂ© des prises de possession de terres, anciennement communales, mais dĂ©tournĂ©es au profit d’un propriĂ©taire mĂ©tis en vertu d’une loi Ă©tatique. Les instances communautaires se transforment alors dans certains cas en instruments de domination sur les peuples Nahuas, et cette domination s’exerce ou se combat quelque fois par la violence. Dans d’autres cas, elles demeurent au service des communautĂ©s et elles lĂ©galisent Ă  leur façon des actes qui enfreignent les lois fĂ©dĂ©rales. Ainsi, selon les cas, l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Tanahuatiani se transforme en instrument de pouvoir aux mains des caciques mĂ©tis, ou bien elle protège les droits des peuples dont elle est la reprĂ©sentante. La lĂ©gitimitĂ© des Tanahuatiani se fonde au regard du travail rĂ©alisĂ© en faveur du groupe. Cette lĂ©gitimitĂ© se perd une fois l’objectif dĂ©tournĂ©. Dans ce système, ce sont les jeunes qui veillent au contrĂ´le de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, en dĂ©posant certains de ses membres et en prenant leur place, pour se transformer en Tanahuatiani d’une autre gĂ©nĂ©ration, selon un processus cyclique.


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Mots-clés Communauté - Conflit - Culture - Droit - Droit coutumier-droit étatique - Droits des indiens - Foncier-rural - Indien - Justice - Légitimité - Lutte pour la terre - Population rurale -

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