Français - English - Español

"Rondes" paysannes de Cajamarca : la construction d’une alternative




La première "ronda" à Bambamarca (dépar-tement de Cajamarca. Pérou) est née en 1978. Les "rondas" connaissent une expan-sion rapide. L’article décrit leur organisation interne sur le territoire qui est le leur ainsi que leur regroupement en fédérations. Mais il est surtout intéressant de voir comment le contenu des "rondas" s’est enrichi avec la production autonome de normes, et de voir quelles sont leurs relations avec l’état, qui refuse de leur reconnaître cette fonction d’administration de la justice. Créées au départ pour lutter contre le vol de bétail, les "rondas" devant la corruption de la police, se sont chargées de juger elles-mêmes les voleurs. Cette fonction normative s’est fortement développée et les "rondas" ont aujourd’hui à traiter des affaires de terres, des problèmes familiaux, etc. On est conduit à se demander si ce que les "rondas" produisent est ou non du droit. Les normes des "rondas" se différencient de la norme juridique positive par leur caractère dynamique. Il n’y a pas d’arbitraire, cepen-dant, cela revient toujours à faire respecter une norme unique et constante : le maintien, la recherche du bien-être commun. Il y a une relation étroite entre les normes des "rondas" et les conceptions morales paysannes et c’est la correspondance entre ces normes, les valeurs et les actions des "rondas" qui leur donne une légitimité que leur efficacité accroît encore. Les sanctions sont déterminées en fonction du préjudice subi par le groupe et de l’intérêt de celui-ci. On constate que deux sanctions tendent à remplacer les autres : tours de garde obliga-toires et travaux pour la communauté. L’objectif de réintégration de l’individu est clair. Les "rondas" ont donc ouvert un véritable espace démocratique, tout en consolidant l’identité paysanne : instances de discussion, d’apprentissage, de participation et de direction. Face à cette revendication de l’autonomie normative, la politique étatique consiste (loi de 1986) à reconnaître les "rondas" afin d’imposer des limites à leur développement. Pour les "rondas" les deux justices doivent maintenir leur marge d’autonomie, même si la leur est seule considérée comme "véritable" pour les paysans membres. Mais la conscience de leur autonomie normative s’accroît avec la dynamique propre des "rondas". L’article montre ainsi que les "rondas" ont organisé une forme démocratique propre d’auto-gouvernement et sont devenues de véritables promoteurs du développement de la communauté. Article écrit par des étudiants en droit après des recherches menées en février 1988. Les auteurs de l’article précisent que ce travail a été réalisé à partir de témoignages de paysans membres des "rondas". L’organisation des "rondas" et leur fonction d’administration de la justice sont bien exposées dans l’article ainsi que leur caractère fondamentalement paysan. On peut regretter que les caractéristiques des normes des "rondas" ne soient pas davantage étudiées et analysées par rapport aux normes étatiques, et que la distinction entre rondas "indépendantes et "pacifiques" soit peu explicitée.


calle
calle
Mots-cl�s Développement rural - Etat - Justice - Justice populaire - Organisation - Paysan - Pratique du droit - Production de droit -

calle

Suivre la vie du site RSS 2.0 | Site réalisé avec le soutien de la Fondation de France et de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme | Juristes-Solidarités participe à la Coredem | Action soutenue par la région Ile-de-France